En France, un inventeur sur six seulement est une inventrice… et c’est pire à l’échelle européenne

La France est loin d’être le pire élève. Cependant, le résultat n’est pas glorieux. En 2019, seulement 16,6 % des demandes de brevets comptaient au moins une femme dans l’équipe inventrice. Cela représente un inventeur sur six. La France est classée 13èmee position sur trente-quatre pays européens.

La moyenne européenne est en effet faible (13,2%). L’Allemagne, par exemple, n’atteint que 10%, classée en… 32e carré! Le Luxembourg (10%), le Liechtenstein (9,6%) et l’Autriche (8%) ferment également le classement.

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Au contraire, la Lettonie (30,6%), le Portugal (26,8%) et la Croatie (25,8%) dominent le podium. Ce pays est suivi par l’Espagne (23,2%) et la Lituanie (21,4%).

Le taux d’inventrices en Europe est certes plus élevé qu’au Japon (9,5 %), mais plus faible qu’aux États-Unis (15 %). Et surtout la Chine (26,8%) et la Corée du Sud (28,3%).

En quarante ans, la France est passée de 4% de femmes inventeurs à 16,6%

Malgré un score relativement faible, la France est toujours restée au-dessus de la moyenne européenne, avec un taux de femmes inventeurs allant de 4 % à 16,6 % entre 1980 et 2019. Ce résultat est issu de la toute première étude consacrée à ce sujet. Réalisé conjointement par l’Office Européen des Brevets (OEB) et des chercheurs de diverses institutions dont l’Université de Bordeaux.

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Le pourcentage d’inventrices a été établi sur la base des noms mentionnés dans les demandes de brevet auprès de l’OEB entre 1978 et 2019. “Il n’est pas surprenant d’avoir un taux de femmes moins élevé parmi les inventeurscommente Yann Ménière, Chief Economist EPO. Malheureusement, c’est un schéma que l’on retrouve dans d’autres sphères de l’économie, mais il est important d’être objectif et de le détailler. C’est la première étape, nous avons l’intention de continuer à travailler sur ce thème et d’explorer les solutions potentielles et de mieux comprendre les causes. »

Car au-delà du principal problème de diversité et d’inclusion, il y a aussi des problèmes économiques. « L’exclusion de facto de la plupart des innovations potentielles représente un coût réel pour l’économie européenne. Cela vaut en termes de quantité d’inventions. Mais il existe aussi une corrélation positive entre la diversité de l’équipe d’inventeurs et la qualité des inventions. »

Inventeurs en équipe

En termes de domaine de recherche, c’est la chimie (qui comprend principalement les biotechnologies et la pharmacie) qui arrive en tête chez les inventrices françaises. C’est aussi le cas ailleurs en Europe. En France, ils sont à l’origine de 28,9% des demandes de brevet sur la période 2010-2019.

L’OEB montre également que les universités françaises (19,6%) se distinguent avec un taux de femmes déposant des demandes de brevets plus élevé que les entreprises privées françaises. Ce dernier est encore à la traîne (13%). Cette tendance est encore plus marquée au niveau européen (19,4% proviennent des universités et des organismes publics de recherche et 10% des entreprises privées).

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De plus, il y a un lien direct avec les bons résultats des pays qui ont atteint le haut du classement. Cela ne peut être interprété comme la preuve qu’ils ont mis en place la meilleure solution pour être plus enclins à la parité. Nous ne pouvons donc pas nécessairement rechercher un modèle que nous pouvons dupliquer. Car, comme l’a expliqué Yann Ménière, il y a des effets de secteur très marqués. « Les petits pays ont généralement peu de recherche et développement dans l’industrie. La plupart des brevets viennent du milieu universitaire. » Par ailleurs oh, en Allemagne et en Autriche, la part du génie mécanique est plus élevée. Cela fait baisser leur nombre. “Mais le fait que la France soit au-dessus de la moyenne ne dépend pas des effets de composition sectorielle”dit la note.

L’expatriation comme accélérateur de carrière

A noter également que si 16,6% des demandes de brevets de la France auprès de l’OEB ont été déposées par des femmes, leur rôle est plus important (22,8% de femmes) parmi les chercheurs étrangers travaillant en France. Globalement, l’expatriation apparaît comme un accélérateur de carrière.

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La recherche montre également que les femmes sont plus susceptibles de faire partie d’une équipe d’inventeurs que de voir une invention reconnue en tant qu’individu, et qu’elles occupent généralement une position inférieure dans cette équipe que les hommes.

“Les modèles d’inventeur solitaire existent mais sont relativement rarescommente Yann Ménière. La plupart des découvertes aujourd’hui sont produites par des équipes. Et c’est particulièrement le cas dans le monde académique et dans le monde de la chimie, de la pharmacie et des biotechnologies, donc dans des secteurs où les femmes sont surreprésentées. Ce qui est intéressant, c’est que le modèle observé dans la chimie, la pharmacie et la biotechnologie s’étend à d’autres secteurs. »

Si, aujourd’hui, les femmes sont encore peu nombreuses aux postes de direction, leur part a augmenté au même rythme que leur part parmi le reste des inventeurs. « On assiste à l’émergence d’une génération de femmes seniors dans cette équipe ou d’inventrices stars féminines. Cela double tous les dix ans. C’est émouvant mais si on continue à ce rythme, il faudra des décennies pour atteindre la parité ! » Par conséquent, il reste encore à inventer un moyen d’atteindre rapidement l’égalité des sexes.

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