Journalisme scientifique : reporters francophones cherchent chercheurs

Si l’accès aux sources est un problème dans le journalisme en général, il l’est davantage pour les journalistes scientifiques, notamment francophones.

« L’accès aux sources, aux chercheurs est le principal problème d’un journaliste scientifique. Des problèmes de fonds existent, mais ils concernent toute la presse », note le rédacteur en chef de Sciedev.net pour l’Afrique francophone. « C’est difficile de faire du journalisme scientifique au Togo parce que les experts ne veulent pas partager l’information, ils sont très réticents », explique Hector Nammange, journaliste et créateur du site d’information Vert Togo.

« Les chercheurs sont gênés de communiquer soit parce qu’ils sont très occupés dans leurs labos et n’ont pas de temps à consacrer aux journalistes, soit, pour la plupart, parce que nos instituts de recherche sont politisés et que pour parler, le chercheur doit obtenir l’autorisation de ses supérieurs. qui peut être le directeur d’une institution ou même un ministre. […]”, explique l’éditeur de Scidev.net.

« Nous sommes dans un pays politisé, ce qui signifie que la spécialisation d’un scientifique est difficile à faire éclore ; Je dirais, du bout de cinq doigts, des journalistes qui s’intéressent à la science. des sujets découragés par l’indisponibilité des sources », ajoute le créateur de Vert Togo.

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Julien Chongwan s’en prend également aux journalistes eux-mêmes. « Une autre raison peut être qu’ils (ndlr les chercheurs) ne font pas confiance à un certain nombre de journalistes qui peuvent être coupables de déformer leurs propos, des journalistes qui traitent de sujets qu’ils ne connaissent pas bien et diffusent de la contre-information. ou des informations non contextuelles », argumente-t-il.

Magali Reinert, journaliste indépendante en France, et Huma Khamisde la Radio Télévision Suisse (RTS), tout en reconnaissant les difficultés de leurs homologues africains, ne doutent pas un instant de leur valeur.

« Quand je vois le nombre de prix récoltés par ces journalistes et les conditions difficiles d’accès à Internet, les transports difficiles et surtout les problèmes d’accès à des sources que nous ne connaissons pas car nous sommes chez nous… », explique Huma Khamis. “Evidemment, le chercheur nous répondra, puisque la recherche est payée par le fonds de l’Etat, et le chercheur doit communiquer, car c’est son devoir de communiquer ces découvertes à la population qui a payé les travaux.”

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La coopération entre le Nord et le Sud se met en place

Dans le contexte du changement climatique, comment atteindre les populations vulnérables ? La Conférence des Journalistes Scientifiques Francophones de Dakar, au Sénégal, a voulu répondre à cette question qui, pour Kossy Balaoprésident du comité d’organisation de cette rencontre (et également en charge du Forum francophone de l’ICFJ, ndlr) est plus d’ignorer l’importance de la science que de financement et de formation.

« Quand on dit journaliste scientifique, on pense à des difficultés. (…) On se dit que les journalistes scientifiques sont des pédants, des extraterrestres, mais la science c’est vraiment accessible, ce n’est pas incompréhensible, un journaliste scientifique c’est d’abord un journaliste. Cela ne nécessite pas de connaissances en physique. Quand on parle de climat, de santé, de biodiversité, ce sont des sujets scientifiques, alors comment fait-on pour bien les couvrir si on n’attache pas d’importance à la science », s’interroge-t-il.

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Magali Reinert estime qu’il y a une place pour la coopération entre le Nord et le Sud. “[…] Je sais que si un journaliste africain que j’ai rencontré me dit qu’il veut travailler avec un chercheur africain ou un chercheur européen travaillant en Afrique, je finirai par l’aider », dit-elle.

“Nous devons former nos experts, sinon pourquoi ne pas penser à un atelier qui nous permettrait de nous asseoir et de travailler main dans la main”, suggère Hector Nammange pour lever les barrières au Togo.

Tous les moyens pour atteindre cet objectif sont les bienvenus, étant donné que Gervais Mbarga, maître de conférences à l’Université de Moncton au Canada, dans une interview qu’il a donnée après la réunion du réseau Théophraste à Saly au Sénégal en mai 2022, prédit de bons moments pour les journalistes spécialisés en général et journalistes scientifiques en particulier. Surtout avec la crise sanitaire du COVID-19.


Photo : Sigmund via Unsplash, sous licence CC



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