Jenia Grebennikov, sur sa situation au Zenit Saint-Pétersbourg : « On s’est posé beaucoup de questions »

Leader invaincu de la Super League de Saint-Pétersbourg, qui a enregistré la confirmation du Chinois Matt Anderson au poste de capitaine des Etats-Unis, le champion olympique français a accepté de parler de sa journée russe samedi matin devant le Zenit Kazan au Tatarstan. , gagné 3-2.

« Comment se passe votre quotidien en Russie, à Saint-Pétersbourg ?
Je sais que ma réponse pourrait vous surprendre, mais en fait. J’y vis avec ma famille, ma femme et mes deux enfants. Sinon, nous partirons. Aujourd’hui, je joue dans une grande ville très agréable, ce qui était une de mes exigences dans la deuxième partie de ma carrière.

La guerre ukrainienne, au quotidien, n’existe pas pour vous ?
Personne n’en parle vraiment. On n’allume pas beaucoup la télévision pour protéger les enfants. Mais dans la vie de tous les jours, dans la rue, rien n’a changé. D’une certaine manière, je suis à moitié russe (ses parents Boris et Tatiana et son frère aîné Stanislav sont nés en Union soviétique, aujourd’hui Kazakhstan, lui à Rennes en 1990). Cela me rassure et me conforte dans ma décision de rester au Zenit. Je comprends tout ce qui se dit, ça m’aide. Ce sont aussi mes origines. J’ai un oncle et un cousin qui vivent à Nizhny Novgorod et à qui je partage régulièrement des nouvelles.

Personne au club, aucun coéquipier n’évoque le conflit armé ?
Non, nous n’en parlerons pas du tout. Personne n’en parle. On parle de tout sauf de ça. Je ne veux pas causer de problèmes non plus. J’espère juste que la situation se calmera et reviendra à la normale.

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“Le consulat à Saint-Pétersbourg, que j’ai contacté par e-mail et par téléphone, m’a assuré que si je ne suis pas là pour le tourisme mais pour le travail, je peux rester.

Avez-vous déjà pensé à retourner en France ? quitter la Russie ?
Bien sûr. Je me souviens de ce matin de février (le 20) quand je me lève et que j’allume mon téléphone je reçois plein de messages me demandant si tout va bien. Je ne comprends pas tout, je trouve ça étrange. On se rend vite compte qu’il se passe quelque chose, mais force est d’admettre que ma femme et moi ne sommes pas trop au courant de l’actualité. Il a fallu un jour ou deux pour comprendre la gravité de la situation en discutant avec nos amis et notre famille. J’avoue qu’on s’est posé beaucoup de questions. Nous avons même commencé à paniquer. Le club Zenit m’a assuré qu’il n’y avait pas de problème et que si je voulais partir, c’était possible. Personne ne savait vraiment comment ça allait se passer.

Jenia Grebennikov lors de la Ligue des Nations cette année.  (A. Réau/Team)

Jenia Grebennikov lors de la Ligue des Nations cette année. (A. Réau/Team)

Le consulat à Saint-Pétersbourg, que j’ai contacté par mail et par téléphone, m’a assuré que si je ne suis pas là pour le tourisme, mais pour le travail, je peux rester. Nous avons laissé passer une autre semaine de réflexion avec ma femme, puis nous avons commencé à réaliser que les vols vers la Russie étaient en proie à une tempête. Nouveau moment de panique. Il est parti rapidement avec notre fils. Avant qu’il ne monte dans l’avion, je lui ai promis que si la situation empirait, je roulerais jusqu’à la frontière finlandaise (à moins de 400 km). J’ai quand même eu une ou deux semaines compliquées. Comme le jour où j’ai vu des files d’attente se former devant les banques. Les gens sont venus retirer leur argent, un peu comme en Italie pendant la crise du Covid (il était à Modène).

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Que vous ont alors dit les dirigeants de Saint-Pétersbourg ?
Ne t’en fais pas. J’ai notamment parlé avec Sardar Azmoun, un footballeur iranien qui a joué pour le Zenit et qui joue maintenant pour le Bayer Leverkusen. On lui a dit la même chose. Il en va de même pour les basketteurs étrangers du club. Je me suis calmé comme ça en me disant que si les autres athlètes restaient, je pourrais le faire aussi.

Après la Coupe du monde des Bleus cet été, vous vous êtes posé la question, reviendrez-vous ?
Bien sûr. J’ai beaucoup parlé avec ma femme et ma famille. Nous étions tous d’accord pour que je revienne. Et d’ailleurs je suis reparti avec eux.

– Je m’attends pleinement à représenter le Zenit, qui est un grand club avec de grandes chances de tout gagner. Et à mon âge, je veux aussi élargir mon palmarès.

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La perspective économique était clairement importante?
Oui, très clairement. J’ai fait trois ans au Zenit, le plus gros contrat de ma carrière. J’ai 32 ans, je suis père, j’ai des responsabilités. J’assume pleinement ce choix.

Avez-vous reçu des messages offensants sur les réseaux sociaux ?
(légère grimace) Oui, bien sûr, j’en ai eu. Mais ça ne change rien. Une fois de plus, je compte bien représenter le Zenit, qui est un grand club avec de grandes chances de tout gagner. Et à mon âge, je veux aussi élargir mon palmarès.

Sauf que vous ne pouvez pas gagner la Ligue des champions !
Oui c’est vrai. J’avoue avoir eu un gros coup quand la CEV (Confédération Européenne de Volleyball) a annoncé l’exclusion des clubs russes. Encore une fois, j’y ai pensé.

Pourquoi n’avez-vous pas envoyé votre agent pour vous trouver une issue ?
Bien sûr, je l’ai fait à la fin de la saison dernière. Hormis le fait que tout était fermé, le marché, y compris l’an prochain, est quasiment fermé, surtout pour un libéro étranger. Je ne cherchais même pas un gros salaire, mais un projet solide qui répondait à mes attentes. Rien d’intéressant ne s’est passé à table. S’il y avait une nouvelle offre demain, je l’étudierais attentivement. »

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