Emmanuelle Bayamack-Tam, transgenre littéraire | Le Devoir

Écrivain de la transgression, du désordre et du danger, Emmanuel Bayamac-Tom préfère éviter les codes, marcher sur la corde raide à travers les frontières des genres et défier les règles, les principes et les entraves. Son dernier livre a été récompensé par le jury du Prix Médicis avec distinction, et plus Treizième heurePlus tôt cet automne.

Le roman – si on peut l’appeler ainsi – a des thèmes, des figures, des procédés chers à l’écrivain français, échos d’une désobéissance et d’une irresponsabilité du début de sa vie, mais l’évolution et la conscience sociale peuvent désormais le créer. Leur vraie valeur peut être identifiée.

Farah, un jeune homme, grandit dans la communauté de l’Église de la Treizième Heure, une église millénaire du féminisme, de l’homosexualité et de l’animalité. Son père, Lenny, le fondateur, réunit chaque jour les fidèles – personnes marginalisées, blessées, en danger de mort, dangereuses ou violentes – autour de messes poétiques, avec des récitations collectives de Nerval et de Rimbaud à la place de la prière. À travers ces voix révolutionnaires des siècles passés, Lenny espère renforcer ses forces et les encourager à renverser l’ordre établi qui a conduit l’humanité à sa chute et à apporter la victoire aux opprimés, aux dominés et à ceux qui embrassent tout. Le temps est devenu silencieux.

Ce n’est pas la première fois qu’Emmanuel Bayamac-Tom met en scène une société qui émerge aux confins du monde. Arcadie (POL, 2018) Son premier roman situait ses personnages dans une micro-société autochtone qui rejette le capitalisme, la surconsommation, le patriarcat et l’hétéronormativité. Cette fois, un clin d’œil à son Église de la Treizième Heure – sonnet Artémis De Nerval – a été fortement influencé par l’environnement mondial dans lequel l’écriture a émergé.

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“J’ai commencé le roman dans une atmosphère d’angoisse, quand la France a été enfermée pour la deuxième fois. Je l’ai terminé quand la guerre a éclaté en Ukraine. Donc c’est un livre qui se nourrit d’angoisses, d’angoisses, donc cette idée de un endroit où les personnes vulnérables trouvent du réconfort à la fois dans Leni et dans le poème.”

Ode à la poésie

Le livre est d’abord et avant tout un hommage à la littérature et à la poésie – en particulier les poètes français « héréditaires » des XIXe et XXe siècles – qui traversent l’œuvre dans la forme, le récit et le récit. Les trois parties distinctes qui composent l’histoire – portées en alternance par les voix de Farah et de ses parents, Lenny et Hind – sont toutes tournées vers un genre littéraire.

Cette révérence et ce choix du récit trouvent une continuité dans la construction du texte et des phrases dans le travail systématique des Alexandrins, qui est rythmique pour dépasser les symboles et le rythme. “Je dis que j’écris des romans poétiques, où les oeuvres de langage sont aussi importantes que l’intrigue, l’aventure ou la psychologie. Je joue avec cette idée qu’une fois qu’un vers a treize syllabes, on n’est plus en alexandrin. La treizième syllabe est transgressive, irrégulière, hors normes, qui est pour moi un lieu de poésie et de beauté”, souligne la romancière.

Sans guillemets ni italiques, il s’amuse à citer les auteurs qu’il admire sans guillemets ni italiques, retravaillant leurs lignes et transformant les références culturelles actuelles en un parfait ballet. Un dissident. Ainsi, ceux qui savent lire entre les lignes retrouveront Michel Sardou, Madame de La Fayette et HP Lovecraft.

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« Que le lecteur comprenne ou non ces indices est sans importance. C’est une façon de m’inscrire dans une lignée. Je ne peux pas écrire comme si rien n’avait été écrit avant moi. Je suis écrivain parce que j’ai d’abord été lecteur. Je fais des clins d’œil et fais des rapprochements ludiques pour faire recirculer ces professeurs et leurs formules. »

transition

Sous la plume d’Emmanuel Bayamac-Tom, le roman devient un sujet hybride, transsexuel, à la fois porté par un langage sophistiqué, soutenu et intelligent, et traversé de passages grotesques, banals, vides, presque charnels. Il parie même sur le fait de reprendre des personnages de ses livres précédents – par exemple, le cas de Farah et Nellie – en gardant leur âme, leurs traits et leur construction, les transformant en une histoire et un univers complètement différents, qui ignorent tout ce que le lecteur possède. A lire avant.

“Je sens que si j’ai une force en tant qu’auteur, c’est dans la création de personnages complexes. Parfois, j’ai l’impression qu’un seul livre ne peut épuiser la richesse et la puissance de ceux-ci. En les plaçant dans un nouveau contexte, j’en découvre de nouveaux aspects et me réinvente. C’est un travail fascinant. »

Cette fluidité, cette hybridation des genres, des récits et des corps trouve un écho dans les histoires d’Emmanuel Bayamac-Tom, qui incluent dès le départ des personnages non binaires et trans. “Au siècle dernier, quand j’ai commencé à publier, personne ne parlait de dysphorie de genre, y compris moi, même si mes personnages n’étaient ni des femmes ni des hommes. J’ai été dépassée par un bagage idéologique et émotionnel que je n’avais pas à l’époque. Même si ça intéresse tout le monde aujourd’hui, personne ne m’en a parlé, peu au monde dans les pays où la parole est libre, c’est bénéfique. »

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De livre en livre, l’auteur songe de plus en plus à tisser ses histoires dans la politique, à écrire hors de sa colère et de sa rage. À travers le personnage de Farah, elle exprime tout ce que nous, en tant que société, avons à gagner à grandir dans un environnement inclusif sans cages, classes et frontières, où les luttes mènent à plus de succès, où il y a la possibilité d’une famille existence. Noyaux, explosion, recombinaison, multiplication. “Il y a toujours eu des gens qui ne s’identifient pas aux extrémités du spectre. Si nous sommes attentifs et élevés dans une famille pas trop aliénante, nous comprenons aussi que tous les enfants passent d’un sexe à l’autre. Cependant, même les plus les cisgenres, à l’aise avec leur genre de naissance, peuvent gagner à remettre en question nos définitions de la masculinité et de la féminité. Les cases dans lesquelles ils essaient de nous mettre, notre éducation, sont très violentes. »

Emmanuel Payamac-Barrage à Montréal

Treizième heure

Emmanuelle Bayamack-Tam, POL, Paris, 2022, 512 pages

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